Après Avoir Tout Oublié

Exposition collective
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Après avoir tout oublié, il semblerait que l’on ait besoin d’un souffleur.
« Le samedi 30 septembre 1967, j’allais au Port Authority Building à l’angle de la 41ème Rue et de la 8ème Avenue. J’y achetai le New York Times et Earthwork, de Brian W. Aldiss, en pochet Signet. Ensuite, j’allais au guichet 21 et y demandai un aller simple pour Passaic. Puis je grimpai au niveau Autobus (travée 173) et montai à bord du 30 de l’Inter-City Transportation Co. » Robert Smithson, Une visite aux Monuments de Passaïc, New Jersey. Malgré toute l’énergie, la générosité et le talent des artistes accueillis en résidence à Astérides depuis plusieurs années, il apparaît que tout reste encore à faire. Le temps s’est disloqué, tout a été oublié. Les artistes font preuve de ruse, de pédagogie, de compassion, d’empathie, de patience. Ils sont professeurs, archéologues du futur, personnels soignants, jardiniers, médiateurs. Mais jusqu’où pourront-ils aller pour nous faire revivre ces moments enfouis au fond de notre mémoire alors que l’expansion du cosmos semble avérée ? Il nous faut attraper au vol des indices, et refaire sans cesse le même chemin afin de trouver quelque chose de tangible, de compréhensible, sur lequel nous arrêter. Jusqu’où devront aller les artistes pour que nous ayons enfin une révélation, et que la mémoire nous revienne ? La mémoire des choses, des objets. La mémoire des formes. La mémoire des événements. Les personnes elles-mêmes semblent s’être dissoutes dans un passé proche. Un temps accéléré de façon exponentielle a rendu impossible un décompte régulier. Les expériences se sont multipliées. De quelque côté que l’on se tourne, on voit venir ce que nous pourrions nommer le destin, ou encore l’expansion ou au contraire le rétropédalage du temps. Ce faisant, nous avons la sensation de nous déplacer avec le temps même et l’espace qui lui est afférent. Si l’on revient sur le récit, que l’artiste américain Robert Smithson fit en 1967, de sa visite de la ville de Passaic (New Jersey), dans un « Tour des monuments de Passaic » (1967), on le voit prendre la mesure de l’intensification du phénomène urbain aux États-Unis, et des caractères indifférenciés de ce paysage suburbain américain dans lequel on s’égare. Puis il nous invite à le suivre dans la visite des « monuments », éléments de construction épars qu’il définit comme tels. Il en fait des repères, sur lesquels artères de circulation et tissu urbain peuvent alors s’accrocher, avant de les dissoudre ou de les réabsorber dans le flux incessant. Avènement de la ruine industrielle, qui dit la fin de cette modernité, mais aussi celle du modernisme esthétique. Ces monuments en décomposition sont déjà les vestiges d’un empire disparu. Selon Paul Virilio, la modernité a été organisée par l’attente, celle de la révolution, puis de la guerre et à présent l’attente de la catastrophe. La catastrophe est l’alpha et l’oméga de notre civilisation. Il devient évident que nous sommes en train de détruire les ruines du futur, et que les monuments du passé, deviennent les cibles stratégiques. Les artistes, ici, ont baigné dans les cultures pop, punk et suivantes, et sont traversés par les réminiscences, la perte des illusions et la prétention parfois cynique de vouloir réinventer un monde à jamais disparu. Le web le restitue en partie, donnant des images distordues, années 80, issues de technologies obsolètes, effets de matériaux cheap et répétitions, visions d’un rêve éveillé, scintillements artificiels, fausses animations, visions de mondes célestes et science-fiction, choses mentales, etc. Les artistes se projettent dans un avenir où les artefacts se baladent et semblent s’égarer entre visions post-industrielles et représentations pré-internet, vestiges d’une civilisation disparue ou dans un passé qui promet le futur, troisième révolution industrielle et nouvelle version du capitalisme. Une exposition qui se présente comme un film ou plutôt comme la bande annonce d’une catastrophe qui a probablement déjà eu lieu.

Marie-Louise Botella

Avec Mathilde Barrio Nuevo et Julie Marchal, Abdelkader Benchamma, Marc Etienne, Isabelle Ferreira, Francesco Finizio, Thomas Klimowski, Yannick Langlois, Alexandra Pellissier, Abraham Poincheval, Florian et Michael Quistrebert, Arthur Sirignano, Laurent Terras, Mükerrem Tuncay, Lucille Uhlrich, Giuliana Zefferi.

Proposition d’Astérides dans le cadre de la saison 2015 du Cartel.

Crédit photos ©JC Lett

13.05.15
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06.09.15

2e étage de la Tour-Panorama . Friche la Belle de Mai
41 Rue Jobin, 13003 Marseille

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Julie Marchal & Mathilde Barrio Nuevo

© 2018